Françoise DOLTO: une pionnière de la prévention prévenante

Annie GROSSER, Rita MOATTI et Claude SCHAUDER

Association Lire Dolto aujourd’hui

 Mots clés :

Dolto F., prévention prévenante, troubles relationnels précoces, souffrances psychiques, école, Maison Verte

Résumé :

Françoise Dolto était opposée à toute action de dépistage de supposés facteurs de risques selon des modalités empruntées à la démarche préventive en médecine. Elle refuse de participer à l’élaboration de projets adaptatifs ou rééducatifs des familles, comme de participer au contrôle de populations sous le prétexte d’y repérer  des sujets ou des familles « à risques ». Pour autant, elle n’en n’est pas moins une des principales pionnières d’une prévention prévenante de nombre de troubles psychopathologiques, psychosomatiques et psychosociaux. Ses ouvrages en témoignent. Enseignée par des centaines d’enfants reçus par elle en privé ou en institution et qu’elle reconnaissait comme ses « seuls maîtres », elle consacre les dix dernières années de sa vie à multiplier les interventions auprès d’un public plus large. Celui des jeunes analystes qu’elle reçoit en présence de ses petits patients et avec l’accord de ces derniers et celui des adultes, parents ou non, qu’elle entend faire bénéficier des découvertes de la psychanalyse et informer du rôle de l’inconscient sur notre devenir d’adulte. Au grand dam de nombreux de ses collègues, désireuse d’aider enfants et parents à mieux ‘s’entendre’ et à mieux se comprendre eux-mêmes, elle répond sur l’antenne d’une chaîne publique aux courriers de parents désemparés. Dès 1977 F.Dolto, avec d’autres convaincus comme elle qu’il vaut mieux prévenir que guérir, va travailler à l’ouverture de « sa plus belle œuvre » comme elle aimait à le dire : La Maison Verte, un lieu ouvert sur la Cité pour les petits de la naissance à leur 4eme bougie dont le modèle s’est propagé un peu partout dans le monde. Elle s’investit enfin également pour les plus grands, propose des réformes, soutient et encourage les professionnels d’une Ecole de la République respectueuse et attentive à l’accueil et à l’enseignement des futurs citoyens.   

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Françoise Dolto nourrissait une prévention prudente et légitime à l’égard de  la prévention en santé mentale.

Elle en connaissait tous les risques, les pièges, savait que son enfer  était pavé des meilleures intentions. Celles d’une pédopsychiatrie prédictive aux prétentions scientifiques, soucieuse de trouver  une place de choix parmi les spécialités médicales prétendument capables de connaitre tous les facteurs de risques  et les moyens de lutter contre ! Si Dolto reconnaissait sans peine le travail prophylactique que cette encore très  jeune spécialité médicale  assumait en son temps en suivant avec leur bébé des mamans en souffrance, en  accueillant en CMP ou en CMPP des enfants parfois très jeunes ou en participant à toutes sortes d’actions d’information ou de formation des professionnels, elle n’ignorait pourtant rien de ce qui risquait d’en pervertir les missions. En effet, en agissant dans le champ de la prévention, psychiatres et psychologues se trouvaient,  bien souvent et malgré eux, associés à la mise en œuvre de politiques dont l’objet était d’abord et avant tout le dépistage précoce de signes ou de comportements supposés inquiétants. Dolto savait pertinemment que ceux-ci ne sont véritablement prédictifs que de ce qu’ils risquent  d’induire ! Une prévention qui était donc, il y a près de 40 ans déjà, sujet à caution.et dont il était justifié de prévenir professionnels et les usagers. Et aujourd’hui qu’en est-il ?

 L’avenir n’a pas été long à venir confirmer  un peu partout dans le monde que ces menaces n’étaient pas vaines. On se souvient ainsi  par exemple du scandaleux rapport de la plus haute instance scientifique de notre pays, à savoir l’INSERM. Intitulé « Troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent », ce rapport préconisait en 2005  le dépistage  dès 36 mois des « troubles des conduites »  Ces derniers étaient censés annoncer un devenir délinquant et/ou pathologique. Le rapport invitait les professionnels à  repérer des facteurs de risque prénataux, périnataux, génétiques, environnementaux et liés au tempérament et à la personnalité. Il évoquait  ainsi à propos de jeunes enfants « des traits de caractère »  tels que la froideur affective, la tendance à la manipulation, le cynisme et la notion d’héritabilité du trouble des conduites. Il insistait sur le dépistage à 36 mois des signes comme l’indocilité, l’agressivité, le faible contrôle émotionnel, l’impulsivité, un indice de moralité bas( !)  etc.…. Une fois dépistés, les « petits porteurs » de ces symptômes devaient être soumis à une batterie de tests élaborés sur la base des théories de neuropsychologie comportementaliste permettant de repérer toute déviance à une norme établie selon les critères de la seule littérature scientifique anglo-saxonne. Suivant un implacable principe de linéarité, cette  approche déterministe conduisait à faire du moindre geste comme des moindres bêtises d’enfant, l’expression d’une personnalité pathologique qu’il convenait de neutraliser au plus vite. Ce rapport se terminait par des recommandations relatives à la prise en charge de ces enfants associant rééducation, psychothérapie et médicaments. Dûment reconverties en pathologies reconnues par la médecine et justifiant donc de traitements médicamenteux, les conduites qui inquiétaient ou perturbaient la tranquillité des adultes, pouvaient dès lors retenir l’attention des laboratoires pharmaceutiques et leur permettre de très bonnes affaires.

On conviendra, avec les auteurs de l’Appel que diffusa à la suite de la publication de ce rapport, le « Collectif Pas de 0 de conduite »[1], qu’« en médicalisant á l’extrême des phénomènes d’ordres éducatif, psychologique et social, ce rapport entretient en fait la confusion entre malaise social et souffrance psychique, voire maladie héréditaire. En stigmatisant comme pathologique toute manifestation vive d’opposition inhérente au développement psychique de l’enfant, en isolant les symptômes de leur signification dans le parcours de chacun, en les considérant comme facteurs prédictifs de délinquance, l’abord du développement singulier de l’être humain est nié et la pensée soignante robotisée ».[2]

 Depuis, de nombreux rapports du même type (parfois plus subtils et  de ce fait plus dangereux) et des projets qui s’en inspirent virent le jour[3]. Ils rendent plus que jamais nécessaire d’en comprendre les enjeux,  d’en dénoncer les perversions et de proposer des alternatives

Françoise Dolto nous en donne les moyens. En effet, pratiquement seule parmi les psychanalystes à prétendre que la prévention de nombre de souffrances psychiques était néanmoins possible et que d’autres façons de voir et de faire pouvaient être envisagées,

Dolto nous a laissé  maintes  élaborations et analyses qui gardent toute leur pertinence et méritent d’être rappelées.

PRINCIPES, CONCEPTS et THEORIES[4]

Partant de l’avancée freudienne qu’a été pour notre civilisation la découverte de l’inconscient avec la remise en question de l’infantile et de son importance pour le devenir de l’homme, Dolto affirme que l’enfant doit être considéré, dès sa naissance, voire même, pour elle,  dès sa conception, comme un sujet, à savoir une personne humaine à part entière.

C’est bien évidemment ce qui est au fondement de toute sa pensée et de son action préventive : pour elle  nombre de souffrances du petit d’homme trouvent leurs origines dans l’ignorance ou la négation de cette subjectivité, dans ce que ceci suppose en matière d’accueil et d’accompagnement des tout-petits aussi bien de la part de leurs parents que de la collectivité où ils naissent.

Être de désirs et de paroles, l’enfant est en effet toujours l’enfant de quelques-uns, présents et absents, vivants ou morts. Quelques-uns également êtres de paroles et de non-dits, inscrits comme lui dans leur sexe et dans l’ordre des générations. C’est à ce titre que ces adultes se doivent (et lui doivent) de le reconnaître et de l’accueillir en tant qu’être singulier dans son groupe d’appartenance…

Lacanienne en cela qu’elle partage le point de vue de Lacan sur le rôle de la filiation, de la nomination et de la fonction paternelle, elle reconnait à la famille, mais également et de façon plus large au groupe qui l’entoure, une place capitale dans ce dispositif et dans le devenir du sujet.

En mettant en évidence que l’entrée dans le social est un processus complexe intimement lié à sa nature de parlêtre et à l’ensemble du contexte psychique dans lequel naît et évolue le sujet, Françoise Dolto (dans la foulée de Jenny Aubry[5]) fait en effet sortir la socialisation précoce du seul giron maternel et l’inscrit d’abord comme un effet du langage[6]. Elle montre ainsi que c’est par les relations langagières dans lesquelles l’inscrit son entourage que l’enfant parvient à dépasser, dès sa naissance, les souffrances dues aux frustrations que lui imposent les premières contraintes de la vie familiale et sociale.

Elle le dit, non sans humour, « Des adultes parentaux sont fatalement nécessaires. Tout ce qui peut, dans le groupe social, répartir, ventiler l’angoisse de cette interdépendance est bénéfique pour l’enfant, Plus il est enfermé dans ce triangle, plus il étouffe et moins il a de chance d’advenir à lui-même. »[7] Mais elle ajoute, « Il faut que cette cellule s’ouvre…mais sans brutalité.»[8]

 Dans une perspective d’éducation humanisante du petit d’homme, les castrations qu’il ne manquera pas de rencontrer et qu’elle dit symboligènes, sont non seulement « initiatrice(s) à la vie sociale» mais également garantes d’une évolution harmonieuse, d’où son idée que les parents, les proches, l’école et finalement la société toute entière se doivent de mieux accueillir les enfants et participer ce faisant d’une véritable prévention primaire des troubles relationnels précoces et des souffrances psychiques.

  1. LA PRÉVENTION PRÉCOCE…

 La prévention telle que la conçoit  Dolto, témoigne de ses options et de ses élaborations théoriques.

 Opposée à la mise en œuvre de toute action de dépistages de supposés facteurs de risques selon des modalités empruntées à la démarche préventive en médecine, Dolto refuse de participer à l’élaboration de projets adaptatifs ou rééducatifs des familles, comme de participer au contrôle de populations sous le prétexte d’y repérer  des sujets ou des familles « à risques ».

N’ignorant rien du peu de fiabilité des prédictions en matière de santé mentale, elle rappelle régulièrement à ses interlocuteurs qu’il leur faut faire confiance à l’enfant pour se construire avec ceux (et ce) qu’il rencontre et rencontrera sur sa route.

La prévention à laquelle elle réfléchit diverge radicalement du modèle médical dominant et ne fait  l’impasse ni sur la subjectivité de l’enfant, qu’elle veut au contraire favoriser et soutenir, ni sur celles de ses parents. Elle considère en effet comme préjudiciable toute action volontariste qui ne respecterait pas leur décision et on sait que cette réserve l’a conduite jusqu’à renoncer à prendre en thérapie ou en analyse un enfant, si les deux parents ne l’y avaient pas autorisée. Nombre de psychologues, de psychiatres, de psychothérapeutes et de psychanalystes ignorent aujourd’hui encore ce principe du primum non nocere.

Pour ce qui concerne la prévention des troubles relationnels précoces, Dolto part de la spécificité de la période de leur apparition, c’est à dire une période qui se situe entre la naissance et l’âge de l’Œdipe.

Temps de prématuration où la parole est inscrite à la croisée des sensations corporelles et des mots. C’est également un temps où la croissance et le devenir du tout petit dépendent encore totalement de sa mère et de sa parole.

L’enfant y joue ou agit ce qui le questionne ou le met en souffrance. Sa quête est, à ce niveau, d’abord et avant tout identitaire. En l’absence de réponse cohérente pour sa psyché, il réagit par des troubles fonctionnels ou physiques, ce qui témoigne, du moins dans un premier temps, de sa bonne santé psychique. Ce n’est qu’ultérieurement, s’il est resté frustré de cette réponse qui lui est indispensable pour poursuivre ses progrès d’allant-devenant, que celle-ci s’organisera en symptôme. En attendant, il renonce aux avancées qu’il avait entamées et régresse à un stade d’équilibre, ou plus exactement revient, à une image inconsciente du corps antérieure plus sécure[9].

Comme les troubles relationnels dits précoces s’installent dans les premiers temps de la vie, Dolto estime indispensable de s’y intéresser au moment de leur apparition, in situ,  plutôt que d’attendre les effets et conséquences pathogènes et les séquelles qui peuvent en résulter.

Pour y parvenir, elle cherche à communiquer avec ce qu’il y a de plus archaïque chez l’autre. Certains l’appelaient « nourrissonne savante ». En fait il s’agit pour elle de communiquer avec ce qu’il y a de plus régressé en l’autre, mais sans complaisance pour cette régression, sans jamais jouir de cet archaïque si souvent fascinant pour les adultes. Il s’agit d’aller chercher l’autre, de l’accompagner ou encore de l’aider à trouver les moyens susceptibles de lui rendre possible la vie dans la communauté des humains et lui permettre ce faisant, hic et nunc, de dépasser la difficulté à laquelle il se heurte. C’est ça qui est pour elle prioritaire et qui se révèle, à terme, à la fois thérapeutique de la souffrance et préventif des symptômes qui peuvent en résulter…

Dolto met en évidence que c’est souvent dans cette rencontre avec « l’enfant »,  quel que soit son âge et dans la proximité tant physique que psychique qui en résulte, que peuvent  se réveiller, chez des professionnels des souffrances d’une ampleur insoupçonnée, susceptibles de les mettre en difficulté dans leur fonction de thérapeute, d’éducateur, d’enseignant… Tel enfant les amène à revivre inconsciemment du « déjà vécu », non ou insuffisamment symbolisé lors de leur propre enfance. Des accompagnements, comme ceux qu’imaginent Dolto pour eux (groupe de réflexion, groupe de supervision, groupe d’analyse de la pratique et bien évidement aussi analyse personnelle), peuvent leur permettre d’y revenir afin d’en assumer le surgissement et d’en décharger ce faisant l’enfant, patient ou élève, qui leur est confié.

C’est là que s’inscrit l’efficace de ce que Dolto nomme «parole vraie », quand celle-ci autorise l’enfant en souffrance, aussi bien que l’enfant en souffrance dans l’adulte, à renouer avec son désir, y prendre appui pour reprendre sa route, sortir  des impasses des non-dits, des mensonges et le dégager des projections névrotiques des adultes qui l’entourent.

Dans la rencontre entre les professionnels et l’enfant, il est en effet d’abord question du petit qu’ils furent eux aussi et plus précisément encore, du fait que, comme le précise A.M. Hamad, « le langage de l’enfant a cela de l’inquiétante étrangeté ou familiarité qu’il nous touche dans ce que nous avons de plus intime, de plus secret, (heimlich), et qui est, en même temps devenu étranger à notre pensée d’adulte. »[10]

Lorsque l’enfant fait appel et que la réponse tarde, il peut cesser d’appeler et sa souffrance peut se transformer en symptôme.

D’où la fonction préventive de l’analyste confronté à ce type de situation et à qui Dolto assigne un rôle de passerelle, de passeur entre deux êtres qui sont dans l’impossibilité de se rencontrer sans sa médiation. Dolto souligne à propos des troubles relationnels précoces qui  se donnent à entendre, ou à voir, par des maux du corps, le rôle et la portée préventive que peuvent prendre les paroles mises sur ces souffrances. Paroles qui font également savoir à l’enfant la compassion des adultes qui partagent sa peine et ne le laissent pas seul avec elle. Elle dit enfin  que cette tâche peut quant à elle revenir à n’importe quel adulte attentif, soucieux et témoin de soulager la solitude de l’enfant.III.

Diffusion des connaissances dans le grand public

Pour voir évoluer certaines pratiques susceptibles d’hypothéquer le devenir des enfants, Dolto décide, essentiellement à partir des années 70, d’écrire livres et articles accessibles au plus grand nombre. Elle donne également  des conférences et des interviews, parle à la radio…

La portée de ces initiatives est immense. Leurs  limites intéressantes à mesurer.

On constate en effet qu’au bout de quelques années, grâce à elle ou, en tous cas par son action en faveur de la « Cause des Enfants »[11], quelque chose a changé dans le regard de notre société sur les plus jeunes d’entre eux : ils n’y sont le plus souvent plus accueillis comme autrefois. Un peu partout on entend parler aux bébés comme à des personnes et non plus comme à des animaux à dresser.

Certaines connaissances relatives aux besoins des petits ont acquis aujourd’hui le statut d’évidences. Certains silences lourds de conséquences sont désormais levés. Il n’est à présent pas rare de voir arriver dans nos consultations des parents anxieux de ne pas comprendre quelque manifestation de mal-être de leur petit et refuser de s’en tenir aux paroles banalisantes de leur entourage ou de leur médecin de famille. Nombre d’entre eux savent d’emblée dire qu’il y a là quelque chose qu’ils souhaitent comprendre et témoignent ce faisant que s’ils ne savent pas comment  répondre à leur enfant,  ils ont cependant entendu son appel…

Les professionnels chargés d’accueillir ou de soigner les enfants participent bien souvent également de cette évolution. Qu’il s’agisse de ceux œuvrant dans le cadre de la médecine néonatale ou chargés de l’accueil en pouponnières, crèches ou halte-garderies, de ceux qui travaillent dans des structures d’accueil pour mères isolées ou des organismes chargés de la PMI ou de l’ASE, ou encore à l’école maternelle, les professionnels de la petite enfance ne regardent et n’écoutent plus non plus les bébés et les petits enfants comme autrefois. Les dispositifs où s’inscrivent leurs pratiques ont considérablement évolué, leur travail s’est grandement transformé  et avec lui le sort des enfants qui leur sont confiés. Vraisemblablement lié à sa façon si singulière de transmettre et aux effets de transfert qu’elle a constamment suscités, l’impact de la parole de Dolto est donc profond à partir des années 80.

Pour autant Dolto n’est pas naïve et connait les limites des informations et de la vulgarisation en matière de psychologie ou de psychopathologie. Elle n’ignore rien non plus des résistances que l’inconscient peut opposer à la raison et aux choix que celle-ci prétend dicter, quelles sélections ces résistances peuvent opérer parmi les enseignements proposés. Si à l’instar de Freud qui affirmait qu’il est un thème qui lui semblait «avoir la plus grande importance, vu les magnifiques perspectives qu’il offre pour l’avenir, à savoir…l’application de la psychanalyse à la pédagogie, à l’éducation de la génération à venir !»[12], elle cite également à l’occasion Malaise dans la culture et rappelle que «certaines difficultés (que rencontre l’homme)…sont intimement liées à son essence et ne sauraient céder à aucune tentative de réforme.»

C’est ainsi que, sous couvert de parler à l’enfant, certains ne font rien d’autre que de le soûler de paroles comme pour mieux le faire taire. Des professionnels, reprenant à leur compte certaines de ses propositions, se dépêchent quant à eux d’en faire de nouveaux dogmes dont ils se servent pour mieux asseoir leur pouvoir sur les parents. D’autres encore, marqués par une intervention qui les a touchés, s’empressent de s’en resservir à tout bout de champ, au risque de se fourvoyer dans des interprétations sauvages qui se révèlent au mieux inutiles mais parfois des plus corrosives. Ce sont encore de ces résistances qu’il s’agit quand des gens bien intentionnés recommandent aux parents de tout dire à leur enfant (y compris ce qui ne le concerne en rien), sous prétexte que Dolto a montré les effets pathogènes des secrets de famille. Au même chapitre se retrouveront enfin ces interdictions d’interdire pourtant à mille lieux de ses idées sur la socialisation précoce et que lui prêtent ceux qui ne l’ont pas lu ou pas entendu! 

Autant de contre-sens d’adultes, toujours anciens enfants (même si « peu d’entre eux s’en souviennent » rappelle St. Exupéry dans le Petit Prince) ayant quelque intérêt inconscient à vider de leur sens et de leur portée ces enseignements. Autant de dérives qui permettent à ceux qui y sont intéressés de se faire l’économie de la rencontre avec l’enfant, toujours singulière et parfois éprouvante…

Et c’est sans doute pourquoi elle va consacrer à partir de 1977 tant  d’attention à l‘expérience de la Maison Verte (ouverte à Paris en janvier 1979), susceptible elle, non seulement de lui survivre mais également  de permettre à d’autres praticiens expérimentés d’œuvrer dans ce lieu, d’y participer à la formation de plus jeunes, d’y trouver de quoi proposer d’autres initiatives et d’étendre ce faisant l’offre préventive. Elle n’avait pas tort puisque la Maison Verte existe, a fêté ses 40 ans et a suscité en France et de par le monde la création de très nombreuses structures qui s’y réfèrent.

L’expérience de la Maison Verte

 Si Dolto s’intéresse et soutient toutes sortes d’expériences destinées à faciliter la vie des petits enfants et à favoriser leur développement[13],[14], elle participe surtout à la création à Paris d’un lieu d’accueil et de loisirs pour tous petits enfants accompagnés d’au moins un qui les connaît bien. Connu sous le nom de « Maison Verte »[15], ce lieu se veut un « Jardin couvert » où les 3 accueillants sur les 15 qui y travaillent font 6 jours sur 7, l’offre d’un espace convivial de respiration pour les parents…comme pour leurs enfants. Tous référés à la psychanalyse, ils ouvrent la porte au tout venant des familles de la ville et de sa banlieue. On y vient sans rendez-vous, on peut y passer un moment ou tout un après-midi ; l’anonymat y est respecté ; seul le prénom des enfants y est inscrit.

Comme le voulait Dolto, le rôle de l’accueillant s’y borne modestement, dans une présence légère, à éveiller l’intuition maternelle et paternelle à l’intelligence symbolique de leur enfant.

L’accueil dont il est question ici est bien évidemment entièrement pensé et organisé à partir des idées, théories et principes décrits plus haut. C’est pourquoi des enfants et des parents en quête d’un bol d’air ou en difficulté peuvent y être écoutés par les accueillants du jour mais tout aussi bien par les autres parents et les autres enfants présents. Les petits, rassurés de confier leurs parents à des pairs non-jugeants s’y ressourcent en buvant des yeux les juste un peu plus grands. 

Un lieu tout simple mais fait pour «…mettre des mots sur ce dont on souffre et reconnaître avec compassion qu’il y a souffrance »[16]. La question de la symbolisation y est en permanence à « l’ordre du jour » et « au travail. » Les frustrations que l’enfant a à y vivre y sont expliquées, mises en mots et de ce fait les castrations qu’il doit y recevoir n’apparaissent jamais comme le fait d’un prince tout puissant, sadique et surtout dispensé, lui, de se plier aux lois.

Des règles – peu nombreuses mais intangibles comme mettre un tablier pour jouer à l’eau – y servent de support à la confrontation de l’enfant (mais aussi des adultes) aux limites qui, par les paroles qui les accompagnent, ont vocation à être structurantes. L’interdit y prend ainsi valeur d’inter-dit[17] et l’exercice de la fonction parentale y trouve son sens et sa finalité.

A la Maison Verte la présence des parents ou des adultes référents de l’enfant est le garant de sa sécurité de base et lui permet aussi de s’entendre nommé, interpellé, voire situé dans sa propre filiation quand celle-ci vient à être évoquée. Les accueillants invitent les adultes à associer leur petit à ce qui se dit là d’essentiel pour lui. Le dispositif s’offre donc également comme pouvant permettre de se repérer dans l’ordre des générations et donc de jouir d’une inscription qui barre la route à l’arbitraire et aux trains plus ou moins fous de l’autofondation et de la confusion.

Sa conception de la socialisation précoce dans une société de plus en plus souvent marquée par la solitude, la rupture des liens familiaux ainsi que la disparition des traditions et des repères (ce qu’elle appelait la « lèpre symbolique« ), conduit Dolto à réfléchir à la possibilité «pour l’enfant d’accéder aux autres dans la sécurité, la confiance, en étant accompagné, jusqu’à ce que le monde des autres ne soit plus vécu comme menaçant, et qu’il accepte, de lui-même, de s’éloigner, pour finalement exister hors de la présence de sa mère.»[18] C’est pourquoi Dolto veut que ce lieu soit intermédiaire entre le foyer familial et le monde social et qu’avant toute séparation et avant d’entrer à la crèche ou à l’école maternelle, l’enfant puisse s’y préparer à côtoyer d’autres petits et grands. Un lieu dans lequel il peut aussi «se « vacciner » contre les incidents et les émotions de ces rencontres, grâce à la présence sécurisante et récupératrice de l’adulte tutélaire connu de lui. »[19]

La socialisation précoce que favorise la Maison Verte, et donc la prévention de maintes souffrances qu’elle permet, se présente donc comme une offre d’inscription symbolique du petit d’homme, non seulement par rapport à son intimité familiale mais aussi par rapport à toute la collectivité qui le reçoit et doit lui faire une place. C’est du reste ce à quoi l’invite la première chose qui y est faite quand il y pénètre : l’inscription au tableau (ou sur le papier situé à l’entrée) de son prénom, trace écrite de sa présence singulière puis de son passage dans ce lieu.

La rencontre du tout-petit avec les autres s’y opère à la fois dans la sécurité et dans la dynamique que déclenchent les castrations symboligènes. La socialisation qui y est rendue possible s’inscrit dans la suite logique des mutations qui conduisent le petit d’homme à chercher ailleurs ce qui lui est refusé au sein de ce que D. Vasse[20] appelle le « jardin œdipien ». Permettre à l’enfant d’entrer dans le « jardin social », c’est en effet lui permettre de trouver un intérêt à d’autres que ceux du familier, d’autres que ceux que permet de côtoyer le noyau de l’intime. Les modalités d’accueil que propose la Maison Verte se présentent ainsi comme un cadre susceptible de donner à la socialisation précoce sa pleine mesure et de se révéler ce qu’elle devrait être partout: l’opération qui permet au petit d’homme de prendre place dans le groupe auquel il appartient en tant que sujet, c’est à dire être de paroles et de filiation symbolique.

Les limites auxquelles se heurte cette expérience, comme celles qui s’en réclament ailleurs, sont bien évidemment liées à la difficulté de cette mise en œuvre, ambitieuse, s’il en est. De se réclamer de l’enseignement de Françoise DOLTO n’entraîne en effet pas nécessairement de la part de ceux qui travaillent dans ces structures qu’ils en acceptent vraiment l’éthique. Dolto pensait néanmoins qu’il fallait laisser les promoteurs de projets faire ce qu’ils estimaient devoir y faire[21], même si on peut constater que certaines de ces expériences n’ont plus grand chose en commun avec ce que Dolto voulait qu’elles soient[22],[23]. Réjouissons-nous toutefois quand un projet de professionnels respectueux peut accueillir l’isolement des mères et par là même apporter un début de réconfort à la solitude des petits.

 LA PREVENTION ET L’ECOLE

Pour les enfants plus « grands », outre l’environnement familial déjà évoqué à propos de la prévention précoce, c’est à l’école que Dolto reconnait  un rôle majeur  dans la prévention de maintes souffrances et difficultés.[24]

C’est parmi d’autres de sa classe d’âge et avec les  adultes chargés de les accompagner dans la sécurité et de les aider à acquérir les savoirs nécessaires à leur devenir de citoyens, que pour Dolto l’enfant doit pouvoir compléter le travail  d’humanisation et de subjectivation commencé en famille et dans les structures d’accueil pour tout petits. Pour elle, l’école est en effet  le lieu idéal où l’enfant peut voir se déployer ce que la résolution de l’Œdipe rend possible et où il peut sublimer une bonne part  de ses exigences libidinales désormais refoulées.  Ainsi l’énergie affective peut-elle, grâce à l’école, s’orienter préférentiellement vers des activités créatives, des activités de groupe, le sport, le jeu  et bien évidement aussi les acquisitions scolaires.

Préventive, l’école l’est pour Dolto d’abord du fait que les liens  susceptibles de se nouer dans ce cadre n’ont généralement pas l’intensité possessive des liens familiaux. L’école peut ainsi faciliter le dépassement des difficultés affectives qui apparaissent parfois dans la famille. En effet, dans celle-ci, l’enfant est symboliquement et physiologiquement le produit du père et de la mère, le fruit charnel du couple avec toutes les résonances affectives inconscientes que nous connaissons. Dans le milieu scolaire, l’enfant est membre du groupe parmi d’autres.

Il est donc plus facile pour lui d’y prendre de la distance, et donc de maitriser ses pulsions à l’égard de sa maitresse ou de son maître comme de ses camarades. De même, les adultes peuvent s’y situer plus objectivement à l’égard de chaque élève. Le milieu scolaire offre ainsi à l’enfant une possibilité nouvelle de vivre ses relations humaines dans des conditions moins captatrices. Craintes, jalousies, agressivité, peuvent y être revécues avec des partenaires différents. Une dédramatisation est ainsi rendue possible et partant, une réduction des tensions angoissantes…pour peu, bien sûr, que l’école se reconnaisse aussi dans cette mission qui consiste à s’offrir comme lieu d’échanges entre pairs ou avec des adultes non familiers, qu’elle tolère qu’un minimum de vie sociale y soit possible[25] .Dolto rappelait à ce propos aux parents comme aux enseignants que l’école servait aussi à se faire des copains.

Parce qu’elle exige que chacun s’adapte en acceptant des règles communes à tous, l’école permet à l’enfant de renoncer à ses réactions pulsionnelles personnelles quand celles-ci ne peuvent convenir au groupe. Elle se révèle ici aussi  préventive de nombre de troubles et de souffrances quand elle permet à l’enfant d’accepter de changer de fonctionnement puisque le caractère collectif de cette pression lui enlève, en partie du moins, le côté subjectif et arbitraire qu’elle peut avoir naturellement dans la famille. Par là l’enfant peut plus facilement s’y résoudre. Les mécanismes d’identification et de participation y jouent plus aisément, étant donnés l’influence du groupe et le grand nombre de partenaires de même âge. Un « idéal » collectif peut s’y imposer et mobiliser les tendances à l’indentification.

Grâce à elle, la socialisation, essentielle pour permettre à l’enfant de se situer par rapport à autrui et par là même de comprendre et d’accepter les autres, est rendue possible. Les fantasmes fascinants qui orientent si massivement le vécu familial, s’estompent dans le vécu scolaire au profit d’une autre réalité. La toute-puissance des désirs se heurte ici de plus en plus à la prise de conscience de ses limites, et c’est ainsi que le travail scolaire peut canaliser des énergies pulsionnelles jusque-là vouées aux fantasmes de l’inconscient[26].

Nous avons  dit que l’intérêt pour la scolarité naît de la sublimation et donc de la satisfaction des pulsions inconscientes. L’école s’offre ainsi comme un lieu de prévention précieux quand, grâce à elle, la sublimation s’y trouve facilitée par les satisfactions narcissiques et les encouragements que l’écolier y reçoit. Ses progrès en attestent. Il apprend naturellement à lire, écrire, compter. Par l’activité scolaire, l’enfant peut avoir le sentiment d’être initié aux activités de l’adulte.

L’inconscient y trouve là encore satisfaction. De nouveaux mots découverts en classe mettent du sens sur certaines expériences vécues et restées jusqu’alors, à la lettre, insensées. Les mathématiques offrent de nouvelles pistes à l’investigation du monde des adultes, des expressions comme « croitre et multiplier » prennent corps, l’histoire amène l’enfant à mieux se situer dans sa généalogie ou à pouvoir interroger une filiation demeurée jusqu’ici mystérieuse ou lacunaire. Et c’est ainsi que là encore et sans le savoir et le vouloir, l’école se révèle dans son essence, préventive[27].

C’est pourquoi Dolto milite contre tout ce qui vient y rendre l’apprentissage rébarbatif et donc  la sublimation difficile, voire impossible. C’est dans cette même  perspective qu’elle encourage et soutient nombre de  projets, d’expériences ou de programmes susceptibles d’aider l’enfant à  être heureux à l’école. Elle  dénonce sa dimension « digestive »[28], obnubilée par la productivité et la performance, la dépendance et la passivité auxquelles elle conduit trop souvent.

Furieuse, elle monte au créneau quand elle entend que dès la petite section, des  enfants  dits « mutiques » (sous prétexte qu’ils ne parlent pas en classe) se trouvent harcelés et sommés de parler sous peine de se  voir bientôt  en échec scolaire ! 

A l’heure où déjà au nom de la prévention et plus particulièrement de la prévention de l’échec scolaire[29], sont prônés de « saints » retours aux pratiques des « hussards noirs de la République », Dolto relève elle que des projets, comme par exemple le très populaire « apprentissage minimum commun à tous » cher aux politiciens, mettent surtout en demeure les enfants d’intégrer en même temps les mêmes savoirs pour en faire un même usage codifié par et pour d’autres![30]

Réticente quant à l’obligation d’entrer à la maternelle dès 3 ans, Dolto craint que cette mesure de prévention des difficultés de langage n’entraine également des difficultés supplémentaires faute d’être accompagnée d’un accueil chaleureux à l’école non seulement des enfants mais également des parents et d’une attention au rythme de chacun.

Toujours dans ce même souci de ne pas ajouter de problèmes inutiles à l’enfant, Dolto dénonce la culpabilisation traumatogène que provoquent les propos de type « quand on veut, on peut…ou ceux qui ne peuvent pas, ne veulent pas… »[31]. Elle n’hésite pas non plus à expliquer comment, usant et abusant de certaines techniques, l’école met parfois en péril non seulement toutes possibilités d’acquisitions mais même toutes possibilités d’évolution de certains enfants. Ces derniers se trouvent stigmatisés et dénarcissisés là où un handicap personnel ou socioculturel devrait, au contraire, leur valoir aide et soutien au sein même de leur groupe où ils ont à garder leur place. Rien ne justifie en effet cette ségrégation qui aide finalement moins les meilleurs qu’elle ne nuit aux plus lents.

D’autres travers font l’objet de ses critiques quand ceux-ci viennent ruiner le formidable potentiel  préventif  que Dolto voit en l’Ecole. On ne peut en restituer dans le cadre de cet article le détail et on ne saura mieux faire que d’encourager  le lecteur à relire les descriptions qu’elle en donne et décider par lui-même en quoi les questions que posent certains regards portés sur l’enfant comme maintes pratiques de l’Ecole restent d’une actualité brûlante[32] !

CONCLUSION

Nous avons tenté de vous restituer quelques-unes des élaborations de Françoise Dolto en matière de prévention des souffrances psychiques des enfants et de leurs traductions physiques quand les mots leur manquent.

En grande partie grâce à la transmission de son expérience, une prévention qu’il nous faut aujourd’hui appeler prévenante (pour la distinguer d’une autre  plus prédictive et qui l’est de ce fait beaucoup moins) doit avoir pour objectif de soutenir dès sa naissance « un être humain dans son identité, son espace, son temps, ses lignées paternelle et maternelle, et lui permettre les médiations imaginaires qui soutiennent la symbolisation des relations humaines»[33]. Cette prévention prévenante se doit aussi d’accompagner le petit d’Homme sur les chemins qui le conduiront à inscrire ses relations aux autres dans des rapports de parole.

Françoise Dolto a inauguré des pratiques sociales originales et inédites. Elle a prolongé vers la Cité ses engagements de psychanalyste/citoyenne. Elle a offert aux parents et futurs parents comme aux professionnels de quoi repenser leurs rôles dans l’accueil des jeunes enfants.

A ce titre Dolto apparait comme un des acteurs majeurs des mutations qui se sont opérées depuis la révolution freudienne concernant les savoirs et les pratiques de l’accueil des enfants par les familles et la société. Elle est une pionnière dans le champ de la prévention de nombre de troubles psychopathologiques, psychosomatiques et psychosociaux pouvant en résulter.

A nous, professionnels de l’enfance de poursuivre son travail, en restant vigilants aux mesures de prévention qui se succèdent, en restant respectueux et attentifs aux enfants qui nous sont confiés.

BIBLIOGRAPHIE et NOTES

[1] http://www.pasde0deconduite.org

[2] Ce manifeste  recueillit en quelques mois  plus de 200 000 signatures et le rapport fut finalement désavoué par les plus hautes instances scientifiques de notre pays. Autrefois disponible sur: http://ist.inserm.fr/basisrapports/trouble-conduites.html il a été retiré est n’est donc plus consultable en ligne.

[3] Giampino, S., et VIDAL,.C. (2009). Nos enfants sous surveillance, Paris, Albin Michel.

[4] On retrouvera un développement de certains des propos  qui suivent in SCHAUDER C. (2006))  La question de la prévention chez F. Dolto in NEYRAND G.(eds), Famille et petite enfance. Mutations des savoirs et des pratiques.  ERES, p. 161-175.

[5] AUBRY J. (1983) .Enfance abandonnée, Paris, Scarabée-Métailié.

[6] SCHAUDER C. (2000) «La socialisation au risque de la psychanalyse», in Françoise Dolto, aujourd’hui présente, Paris, Gallimard, p.367 -377.

[7] DOLTO F.(1985) La cause des enfants, Paris, Robert Laffont., p.286

 [8]  DOLTO F. ibid

[9] DOLTO F. (1984) L’image inconsciente du corps, Paris, Seuil.

[10] HAMAD A. M. « Le statut du sujet dans le langage et dans la parole » in SCHAUDER C. (sous la dir.) (2004)  Lire Dolto aujourd’hui, Ramonville Saint-Agne, ERES, p.29.

[11] DOLTO F. ibid

[12] FREUD S., (1984) Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Idées/Gallimard n° 247, p.192-193.

[13] DOLTO F., (1981) La difficultés de vivre, Paris, Inter Editions.

[14] DOLTO F.(1985) La cause des enfants, Paris, Robert Laffont..

[15]  DOLTO F. (2009) Une psychanalyste dans la Cité. L’expérience de la Maison Verte, Paris, Gallimard.

[16] DOLTO F.(1987)  Dialogues québécois, Paris, Seuil, p.104.

[17] VASSE D.,(1995)  « Essai sur la limite vivante. Des limites au Jardin Couvert aux frontières entre les peuples »,in VASSE D. Se tenir debout et marcher, Paris, Gallimard, p. 93-110.

[18] DOLTO F.,(1987) Dialogues québécois, Paris, Seuil, op ; cit. p.13.

[19] DOLTO F., ibid.

[20] VASSE D., ibid. p.103.

[21] DOLTO F. et SCHAUDER C., « De l’idée à ses réalisations », Le Journal des Psychologues, 1987, 45, p.32

[22] Le Coq-Héron, Quelles pratiques de la parole ? (Structures type Maison Verte : Premières Journées Européennes, novembre 1994), 1996, 140.

[23] On notera à ce propos que si on ne peut que se réjouir que ces lieux offrent une alternative à l’isolement des familles et à la solitude des enfants, on ne peut néanmoins que s’inquiéter de les voir se transformer trop souvent en lieux de guidance ou de dépistages!

[24] DOLTO F.(1986) « Introduction »  in Accord et à Cri, Ecole et/ ou prévention, Toulouse, ERES, p.16-23

[25]  Ibid

[26] SCHAUDER C. (1986) « Vous avez dit  “sublimation” ?» in Accord et à Cri, Ecole et/ ou prévention,  Toulouse, ERES, p.24-32

[27] ibid

[28] DOLTO F.(1995)  L’école digestive in La difficulté de vivre , Paris Gallimard, p.311.

[29] Chevènement J.P.(1985), Quinzaine Littéraire, 08.1985

[30] DOLTO F., opus cité

[31] DE COCK ,L. (2019) reprend cette question toujours d’actualité dans Ecole,, Paris, Ed. Anamosa,

[32] On pourra dans cette perspective et  en cas de besoin  prendre connaissance de certains des exposés parus dans les Actes du XXVe congrès de l’ AFPEN à Montpellier  en 2017 et en particulier ceux de Gori R. « Un monde sans esprit » et de Schauder C. « Attention école ! » , du communiqué de presse http:// www.pasde0deconduite.org/Communiqué de presse du 13/10/2011 à propos du «  retour du carnet de comportement : une mesure à haut risque pour les enfants » et de  Thomas Schauder, http://www.lemonde.fr/campus/article/2017/10/11/si-l-ecole-faisait-son-travail-j-aurais-du-travail-le-slogan-du-medef-qui-interroge-sur-le-role-de-l-ecole_5199318_4401467.html

Voir aussi les ouvrages présentés dans « Les ”neuros” et les ”technos ”» de Luc Cédelle, le Monde,  30.08.2019

[33] DOLTO F., La Maison Verte, Conférence au CFRP, 17.10.1985.

Françoise Dolto était opposée à toute action de dépistage de supposés facteurs de risques selon des modalités empruntées à la démarche préventive en médecine. Elle refuse de participer à l’élaboration de projets adaptatifs ou rééducatifs des familles, comme de participer au contrôle de populations sous le prétexte d’y repérer  des sujets ou des familles « à risques ». Pour autant, elle n’en n’est pas moins une des principales pionnières d’une prévention prévenante de nombre de troubles psychopathologiques, psychosomatiques et psychosociaux. Ses ouvrages en témoignent. Enseignée par des centaines d’enfants reçus par elle en privé ou en institution et qu’elle reconnaissait comme ses « seuls maîtres », elle consacre les dix dernières années de sa vie à multiplier les interventions auprès d’un public plus large. Celui des jeunes analystes qu’elle reçoit en présence de ses petits patients et avec l’accord de ces derniers et celui des adultes, parents ou non, qu’elle entend faire bénéficier des découvertes de la psychanalyse et informer du rôle de l’inconscient sur notre devenir d’adulte. Au grand dam de nombreux de ses collègues, désireuse d’aider enfants et parents à mieux ‘s’entendre’ et à mieux se comprendre eux-mêmes, elle répond sur l’antenne d’une chaîne publique aux courriers de parents désemparés. Dès 1977 F.Dolto, avec d’autres convaincus comme elle qu’il vaut mieux prévenir que guérir, va travailler à l’ouverture de « sa plus belle œuvre » comme elle aimait à le dire : La Maison Verte, un lieu ouvert sur la Cité pour les petits de la naissance à leur 4eme bougie dont le modèle s’est propagé un peu partout dans le monde. Elle s’investit enfin également pour les plus grands, propose des réformes, soutient et encourage les professionnels d’une Ecole de la République respectueuse et attentive à l’accueil et à l’enseignement des futurs citoyens.